Histoire de ce lieu-dit
                   Nous trouvons ce lieu mentionné en :
                  1320, Camp Long,
                     1666, Cap de Long; cap, partie supérieure, bout, tête, fin, extrémité.
                        1667, sur le censier, Hameau de Camplong. Y avait-t-il des habitations, ou cabanes ?
                           1748, sur la carte de Cassini, Cap de Longue.
                              Le dialecte phonétique de "Cat-Loung" a été d'abord travesti en "Cate-Loung", puis on a vu surgir successivement "Cat-té-Loung","Cat-de-Loung" et finalement "Cap-de-Long" qui, littéralement traduit, voudrait dire "tête de Long"!  L'orthographe correcte à retenir serait Lac d'ét Cat-Loung (lac du Pic-Long).

Ce Camp (du latin campus, plaine) semble être la désignation de cette vallée limitée par le lac d'Orédon en aval jusqu'aux crêtes du Néouvielle, pic Long et vallon d'Estaragne.
Ce territoire figurant sur le cadastre d'Aragnouet, appartient au village d'Aspin qui l'achetat au sieur Jean Carrère propriétaire demeurant à Chaubère, hameau d'Aragnouet.
Ce Jean Carrère fit par acte un échange, passé au presbytère de Vielle-Aure le 10 octobre 1699, avec la commune de Vielle-Aure.


         Enjeux de cette construction
                   Un remarquable chapelet de lacs étagés entre 1850 m et 2200 m constitue un ensemble de châteaux d'eau naturels éveilla l'attention des ingénieurs à la fin du XIX° siècle pour alimenter en eaux les vallées et villes en aval du Néouvielle. Réserve importante destinée à stocker par gravité et par pompage, les apports du Gave de Pau.
                  Dès 1875, les services de l'Agriculture construisirent la réserve d'Orédon qui permis d'obtenir une capacité de 7, 3 millions de m3. Le niveau du lac de Cap de Long fut en 1903 élevé de 10 m par la construction du premier barrage permettant d'obtenir 7,1 millions de m3.
                  Dès la constitution d'EDF le 1 avril 1946, ses ingénieurs s'intéressent à l'aménagement de ce site qui permettra d'alimenter le secteur du gave de Pau et l'usine de Pragnères. La chute maximum de 1250 m apporte un appoint de 350 millions de Kwh.
                  Diverses études aboutirent, en 1946 (soit 3 mois après la création d'EDF), à la création du réservoir de Cap de Long d'une capacité de 67 millions de m3 au moyen d'un barrage de 100 m de haut.
                  Suite à appel d'offres lancé en 1947 par la Région d'Équipement Hydraulique Pyrénées dont dépendait EDF, il avait été demandé aux entreprises consultantes des propositions :
                                      a - pour un barrage poids rectiligne d'un volume de 400 000 m3 de béton avec parement amont en pierres de granite taillées et assisées comme cela se faisait en altitude afin de protéger l'ouvrage contre le gel,
                                      b - et pour un barrage poids-voute de 250 000 m3 de béton, projeté par le B. E. Coyne et Bellier.

         Implantation
                  Appuis situés sur un seuil rocheux, reconnu sain, émergeant  des éboulis amont, assez étroit à 380 m à l'aval de l'ancien barrage. La voûte principale barre le défilé de la Neste d'Aure. Une voûte latérale rive droite (dite de Loustalat) de type poids barrant le seuil mort du lac de Loustalat. Des culées aux extrémités donc celle de la rive droite est plus massive.
                  Une vue de la situation et état des lacs d'Orédon et de Cap de Long en 1835 avant les tout premiers travaux.


         Choix du type de barrage
                   Sur ce lieu  seul un barrage poids ne pouvait être envisagé, comme à Orédon, faute de matériaux convenables.
                   Autres possibilités envisageables :
                                      a - positionnement en aval de l'ancien barrage (380 m) sur un seuil rocheux étroit,
                                      b - un ouvrage en enrochement avait l'avantage de réduire le tonnage de ciment et des installations de chantier, mais nécessite pour sa construction d'un parc important d'engins spéciaux, alors rares en France,
                                      c - ouvrage en maçonnerie de moellons, fréquente en haute montagne mais rareté des maçons et difficultés d'installation  les effectifs sur le lieu,
                                      d - barrages en béton :
                                                                            1 - type poids écarté pour réaliser une économie de 25%,
                                                                            2 - type à voûte mince également écarté suite à la complication des formes,
                   Il fut retenu un barrage à voûte sensiblement plus épaisse que la voûte mince, avec mise en place d'un béton avec gros éléments de 150 mm, à granulométrie discontinue, avec surdosage en ciment des parements amont et aval, ce qui permettait d'éliminer le parement en blocs  de granit.


         Travaux préparatoires et annexes
                 Route
                   L'aménagement du barrage de Cap-de-Long nécessita la construction d'une route de 13,490 Km de longueur sur 5 m de large avec une pente de 10% maximum, acceptant des charges de 45 t. Altitude de départ à la cote 1130 à Fabian, arrivée à 2161 m. Travaux exécutés au cours de trois campagnes d'été de 1947, 1948 et 1949. Fin 1948 l'accès par camions était possible.
                  La route était coupée par 17 avalanches et un passage dangereux (Gargante d'Orédon sur 500 m). Son déneigement fit appel à des consignes strictes de sécurité. La réalisation des lacets fut imposé par le projet du rehaussement du barrage d'Orédon. La route fut réalisée manuellement, le seul engin mécanique fut utilisé pour la construction des lacets, une machine fonctionnant au charbon.


                Camp de base
                   Ce camp doit être installé  en fond de vallée, pas trop éloigné d'une gare de chemin de fer et au plus près du chantier. L'emplacement répondant à ces critères fut le village de Saint-Lary. L'entreprise (E. I. T. P.) acheta en 1948 les terrains situés à Sainte-Marie à Mathilde Fornier de St Lary. Son &quipement démarra par l'installation de grandes tentes achetées aux surplus américains permettant d'établir des dortoirs, cantine, atelier mécanique, atelier de charpente, magasins et bureaux, le tout alimenté par 2 groupes électrogènes, et l'eau prélevée par pompage sur la Neste. Cette installation provisoire permis de travailler pendant l'hiver 1948-1949 ce qui facilita la construction en dur du camp définitif.

                Logement du personnel
                   Construction des dortoirs et cantine au plus près du chantier dans le val d'Estaragne.

                          Destruction de l'ancien barrage
                   L'implantation du barrage  se superposant à celui-ci, il fut décidé de le démolir entièrement, ses maçonneries ne permettant pas de l'y incorporer. Il fut détruit par minage en bloc  le 5 août 1949. Ce barrage à servi de passage par sa crête pour les travaux préparatoires de la rive gauche.
                Vidange du lac, Laboulinière nous dit "... qu'il ressemble plus à un canal qu'à un lac..."
                   La prise d'eau déboucha nt à une dizaine de mètres au-dessous du plan d'eau minimum, il fut nécessaire de vidanger le lac. Opération exécutée en 2 temps :
                   a - vidange par siphonage et eaux évacuée par la  galerie d'accès ( 3 000 000 m3),
                   b - pompage par station flottante, les eaux évacuée par l'ancienne galerie (5 500 000 m3).


                Vidange du lac de Loustalat, situé plus haut.
                   Ce lac d'une capacité de 300 000 m3 fut vidé, après  réalisation d'une galerie. Le bouchon final fut ouvert par minage.

                Installation du chantier
                   La construction  se réalisant sur 5 courtes campagnes d'été,  entraînant les impératifs  d'installation suivants :
                        a - Être rapidement monté (utilisation de charpentes métalliques),
                        b - Assurer une production moyenne de 1000 m3/jours,
                        c - Présenter une sécurité de fonctionnement (doublement des installations).


                Transport du ciment
                   Le ciment était transporté de la gare d'Arreau par camions Diamond Contener, chargés de 15 tonnes sous les silos en gare par gravité. Distance Arreau-Cap de Long 35 km.
                  Dès 1951, des rotations de transport de ciment en vrac furent également programmées de nuit, en raison de l’augmentation journalière du cube de béton mis en place. D’autre part, des transports de ciment en sacs étaient approvisionnés par des camions Diamond à benne à partir des Cimenteries Lafarge de Boussens, notamment pour les stations de bétonnage installées en galerie, et équipées de transporteur à béton à air comprimé type Jony.


                Carrière
                   Le seul emplacement possible de carrière compatible avec la position des installations de chantier, se trouvait dans les falaises granitiques, qui bordent la rive Nord-Ouest à environ 800 à 1200 mètres des stations de concassage suivant les plateformes.
                  Cet emplacement comportait de graves inconvénients, qui ont lourdement handicapé le chantier. Son exposition Nord-Ouest qui donnait un enneigement important, obligeant à effectuer chaque printemps d’importants et onéreux déblaiements par les engins, et manuellement des quatre couloirs contre les fronts de taille.
                  De gros sautages étaient exécutés, mais avec des charges d’explosifs réduites, ce qui créait des extractions de roches peu fragmentées, et de nombreux blocs à débiter par de nouvelles perforations et explosifs aux plateformes. Des charges explosives adéquates auraient projeté les roches au lac de l’Oustalat et non sur les plateformes.
                  Les pentes très raides du terrain ainsi que les plateformes trop exiguës ont rendu l’exploitation très difficile. Opérations très onéreuses et rendement diminué.


                Déneigement de la route en début de saison
                   Son déneigement commençait le 15 mars et durait de 7 à 8 semaines. Le volume traité était de 150 000 à 350 000 m3.
         Le premier déneigement effectué en 1950 fit appel à un chasse-neige à turbine. L'opération ne fut pas concluante. Elle ne fut pas renouvelée les années suivantes.
         Les déneigements suivants furent effectués de la façon suivante :
                   a - un bulldozer de 30 t ouvrait la voie, son poids permettait de le stabiliser au passage des congères,
                   b - un second de 24 t suivait à 100 / 200 m,
                   c - un troisième de 17 t suivait à 100 m qui nettoyait jusqu'à la chaussée,
                   d - enfin un chasse-neige classique à pneus chaînés assurait la passe finale.
         Cette technique assurait un dégagement rationnel pour le traitement de la neige mêlée souvent de rochers ou de troncs d'arbres.


         Caractéristiques du barrage
         Bureau d'Études : Coyne et Bellier

Désignations Valeurs
Capacité de la retenue 67 000 000 m3
Surface de la retenue 1,30 Km2
Surface du bassin versant 8,5 Km2
Cote de la retenue 2160 m
Longueur développée de la voûte 275 m
Longueur du couronnement y compris la digue de Loustalat 550 m
Hauteur max. de la voûte au dessus du lit 85 m
Hauteur max. au-dessus des fondations 101 m
Rayon du cylindre formant parement amont 160 m
Largeur en crête 4,5 m
Largeur du couronnement 6,3 m
Épaisseur à la base en clé 29,5 m
Épaisseur max. aux naissances 40 m
Hauteur culée rive droite 25 m
Hauteur culée rive gauche 17 m
Volume du béton, barrage et galeries 280 000 m3
                   Évacuation des crues par un déversoir placé en saillie sur le parement amont. La vidange par la prise d'eau de Pragnères ou par la prise d'eau de l'ancien barrage.

        Le barrage à doite et la digue de Loustalat à gauche.


        Début des travaux en octobre 1949



        Barrage en octobre 2007


Nous remercions Mrs G. Brousse, J. Brunet et P. Marlier pour les infos qu'ils nous ont apporté.

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