Histoire de ce lieu-dit
         Enjeux
                   Un besoin d'énergie pour l'alimentation des Chemins de fer du Midi entraina dès 1907 une étude d'implantation de l'usine d'EGET alimentée par une retenue à créer sur le plateau de l'Oule (ancien cirque glaciaire constitué d'un plateau de pâturages, de marécages et de quelques laquets). Cette énergie avait la possibilité d'être utilisée par l'usine des Poudres de Lannemezan en cas de prolongation du conflit de la première guerre. La construction de l'ensembe débutat en août 1914, en plusieurs phases (guerre, manque de financement, etc.) jusqu'en 1919. Deux groupes furent mis en route.
                  

       BARRAGE

       Est situé, sur le territoire de Vielle-Aure. On exloita les forêts voisines, sans autorisations, malgré les plaintes des communes de Vielle-Aure et Aragnouet, pour se procurer le bois d'oeuvre.


                   Impossible de dire si ces bâtiments sont les prémices du chantier, ou des cabanes. Ils sembleraient de constructions non récentes. Ce lieu était fréquenté par les troupeaux espagnols donc il devait exister des cabanes pour loger les bergers. Le cadastre napoléonien de 1834 mentionne une seule cabane celle de Pouyenbeon mais qui se situe au sud-est de celles-ci.
Toutefois le barrage n'apparait pas encore.

Ch)

       Construction du barrage


                  Sa construction nécessita la construction d'une route à partir de Fabian, où n'existait qu'un chemin pour char à boeufs et deux sentiers en direction d'Orédon et de la vallée de l'Oule, ce chantier fut assuré par les Ponts et Chaussées. Le 23 septembre 1910, les charrettes tirées par des mules ont roulé pour la première fois sur le chemin d'Artigusse vers le chantier, chemin qualifié de "chemin de chars", aussi dangereux que peu commode. Une usine hydroélectrique destinée au fonctionnement du broyeur de sable et malaxeurs à mortier est installée sur le ruisseau du Merlan, utilisant un petit barrage de 1,80 m de haut sur 6 m de long et une conduite en tôle d'acier d'un diamètre de 0,22 m, d'épaisseur 3 mm et d'une longueur de 360 m sous 140 m de chute, alimentera une turbine Pelton couplée à une dynamo de 53 kw. Des batiments sont construits pour loger les ouvriers : cantine, maisons d'habitation et la maison des gardes future en pierre de taille provenant de la rive gauche à la naissance du barrage.
                  La construction du barrage, du canal d'amenée, de la chambre d'eau et de l'usine furent réalisé par la l'entreprise Varnoux.


        Caractéristiques du barrage

Désignations Valeurs
Capacité de la retenue à l'origine 6 500 000 m3
Volume du béton 42 000 m3
Capacité de la retenue après surélévation 17 000 000 m3
Surface de la retenue 50 Ha
Altitude de la retenue 1819 m
Bassin versant 30 km²
Hauteur max. de la voûte à l'origine 28 m
Hauteur de la surélévation 20 m
Longueur avant surélévation 166 m
Longueur après surélévation 231 m
Volume du béton, pour la surélévation 129 000 m3
                   Le barrage est alimenté par les bassins versants du Bastan et de Port-Bielh au nord,  du Merlan à l'est,  et d'Estibére à l'ouest.
                   Un apport des eaux du lac d'Orédon, opération réalisée en 1923, qui permis de passer de 5 à 7 groupes. En 1913, un premier accord avec le Ministre de l'Agriculture est soumis à quelques réserves, quant à l'utilisation de ces eaux.


                Remarque
                   Ce barrage alimente les canons à neige de la station de St Lary-Soulan, secteur d'Espiaube.
                  Main d'oeuvre essentiellement d'origine espagnole, et en raison du conflit en cours, quantité et qualité inférieure à la demande. Gens et entreprises du cru se plaignent de cette entrée. Des manifestations nécessitent la présence de contingents de soldats afin d'assurer l'avancement des travaux. Depuis ces hostilitées, instauration d'un contrôle de passeports à Artigusse.



                Canal d'amenée
                Travaux réalisés à l'explosif, sans compresseurs d'air, les trous étaient réalisés à la masse. C'est un canal "à écoulement libre", qui pose problème lors des déclenchements des machines. Ce canal plein d'eau de déverse dans le ravin de Rioupeyrous, causant des dégats aux champs des particuliers, parfois coupant la route d'accès au village d'Eget. Il faudra attendre 1966 pour transformer cette galerie qui deviendra "galerie en charge".

                Chambre d'eau de Plaouquès
                D'une capacité de 3000 m3.

                Conduite forcée, fut en 1918 la plus haute chute d'Europe
                  Située à 1765 m d'altitude dans le secteur du Plaouquès, elle comporte un réservoir de mise en charge 4500 m3. La hauteur de chute est de 710 m, elle est constituée de 7 conduites, d'une longueur de 1 250 m, alimentant 7 turbines. Formée de tube acier soudé d'une longueur unitaire de 12 m (contrainte de transport), le diamètre intérieur est de 0,56 m, l'épaisseur variant de 5 mm en haut jusqu'à 31 mm en bas. Le débit est de 4 000 l/sec. Pour des raisons de sécurité ces conduites ne rentre pas directement dans l'usine mais sont déportées pour éviter l'inondation de celle-ci lors d'éventuelles ruptures.
L'alimentation séparée, par 7 conduites, permet une intervention pour entretien, sans arrêter des autres groupes.
                  Réalisée par l'entreprise Bouchayer et Viallet (Grenoble).


Opération délicate quant au meilleur tracé de l'installation des conduites forcées.
Conditions de travail très difficile au vu de la pente avoisinant 75°.

                Téléphérique d'installation qui partait en amont de l'usine, servit à installer cette conduite forcée.

                Câble de VARNOU vers Plaouquès partait de Fabian. Il facilita les travaux de percement des galeries et la réalisation de la chambre d'eau.

                Téléphérique de Plaouquès, qui part d'Eget village, utilisé pour accéder à la chambre d'équilibre, fut construit en 1967 lors de la modernisation de l'usine qui commenca dès 1966.


       USINE de EGET, altitude 1016 m.

                Profitant des travaux réalisés sur les lacs de la vallée de couplan en 1870 et suite à des études de 1907, ce fut la première usine des Pyrénées construite à partir de 1910 par la SHEM d'un telle puissance (36 000 CH). Sept groupes de 4 500 KW (un groupe en réserve), équipés en turbine Pelton à axe horizontal, un seul jet. Les paliers à graissage par bagues, refroidis par circuit d'eau. Les alternateurs qui sont à inducteurs tournants, fournissent 6 000 v monophasé sous une fréquence de 16 Hz 2/3. Une caractéristique de ces alternateurs est la possibilité de pouvoir déplacer leur stator pour réparation.
Ces machines ne pouvant être construite en France, elles furent commandées aux USA. Un cargo transportant un de ces groupes fut coulé par un sous-marin allemand. L'usine fonctionna donc avec six groupes, le septième, lors de son arrivé fut placé en position de réserve. Il faudra attendre 1926 pour que l'usine fonctionne à plein régime.
Deux turbines auxiliaires de 450 CV permettent l'excitation des alternateurs et fournissent aussi sous 125 v continu les besoins de l'usine.
On remarquera le souci d'esthétique lors de la construction de ces centrales (ici le plafond est en bois verni).


                                HIER ...

                                AUJOURD'HUI ...
Des modifications effectuées en 1968 se résument par le remplacement des turbines. L'alimentation en eau se fait par le couplage de 5 conduites n'alimentant qu'un seul groupe d'une puissance de 32 Mw, turbine Pelton à 4 jets. Les anciennes entrées sont bouchées.
Après un accord avec EDF, nous y trouvons un groupe de type Francis, nommé "Les Echarts" (de 2.5 Mw, transformé en 6 Mw en 1968) qui utilise les eaux turbinée par l'usine de Fabian. Ces eaux y parviennent par une galerie effectuée en 1954.
Le problème de déversement lors de déclenchement ne fut réglé que récemment. Ce déversement se faisait dans le ruisseau de Rieupeyrous entrainant des dégats sur les propriétés privées et destructiion de la route du village d'Eget.



                Constructions annexes
                   Ces travaux entrainèrent la construction de bâtiments, utilisés encore aujourd'hui, pour y loger le personnel gérant le fonctionnement de l'usine.
Nous y trouvons la cantine, qui est aujourd'hui l' "Hôtel Courrège".



       Travaux de rehaussement du barrage
                  La surélévation réalisée était nécessaire car au printemps les déversements duraient trois mois. Avec cette opération la capacité passa de 6,5 millions de m3 à une capacité de 16, 610 millions de m3. Opération terminée en 1950.

                Installation du chantier




                Téléphérique de Capech
                  L'aménagement du barrage nécessita l'installation d'un téléphérique pour le transport du ciment.





                Constructions annexes sur l'Oule
                   A ce jour quelques bâtiments demeurent, datant de l'opération du rehaussement.

                Groupe Oule
                   Construit en 1983, d'une capacité de 1,7 Mw., au pied du barrage, est équipé d'une turbine Francis.
                

                Faits divers
                   Rapport du commissaire spécial de police de Tramezaygues.
  "Le 16/8/1917 vers 8 h. du matin, j'ai reçu un télégramme par lequel le Brigadier de Gendarmerie commis au poste frontière militaire d'Aragnouet m'informait qu'il avait arrêté la veille dans l'après-midi pour port d'une cartouche de dynamite et d'un couteau a lame fixe de 28 cm l'ouvrier espagnol BONET ARRIBAS José né à Stadilla (Espagne) le 25/5/1875 manoeuvre au chantier de l'Oule. Je me suis rendu aussitôt à Aragnouet pour procéder à l'interrogatoire de l'inculpé mais arrivé au poste frontière militaire de la brigade de gendarmerie le commandant dudit poste m'a déclaré que BONET ARRIBAS José avait réussi à s'évader le même jour à 10 heures après avoir frappé violemment et jeté à terre le gendarme FRANCES DUPRAT et le chef de poste préposés à sa garde. Il a ajouté que tous les efforts fait pour les rejoindre étaient restés infructueux et qu'il croyait qu'il avait réussi à passer la frontière par le port de Bielsa. En réponse aux questions posées par le gendarme BONET ARRIBAS a expliqué que le couteau servait de couteau de table et que la dynamite était destinée à la pêche. Il travaillait en France depuis plusieurs années sa dernière résidence était à Tarbes où sa femme actuellement en traitement à l'hôpital " la Maternité". Au moment où il a été arrêté il venait de quitter le Chantier de l'Oule et compter se rendre à Tarbes."
(Source : ADHP 4M 257).
                    


                Sources : Thèse de J. C. BOSC,
L'eau des Pyrénées - P. Crausse
De l'eau à la lumière - P. Crausse, F. Vieillefausse
La houille blanche - H. Cavaillés - V. Sylvestre



Retour